Propos

Au printemps 2010, la revue Mouvement titrait d’un impertinent : « Culture : en attendant le crash ». De part et d’autre, les acteurs s’alarment des conséquences d’une crise financière internationale, qui ajoutée à une crise de sens latente depuis quelques dizaines d’années, mettent en péril les acquis et même interrogent la survie de certaines institutions.

Coupure dans les budgets publics, arrêt d’événements et même fermeture de lieux sont-ils les signes annonciateurs d’une rupture, d’un reflux, d’un changement de cap à venir ? Les politiques culturelles publiques sont-elles menacées et le milieu culturel a t-il connu ses meilleures années ? Ou bien cette crise marque-t-elle un changement de paradigme dont les éventuels avantages restent encore à découvrir et à exploiter? Si l’on ne veut pas subir et gérer seulement la pénurie en s’arrachant quelques subsides restants les uns aux autres, il convient de participer d’une réflexion plus générale et d’explorer de nouvelles voies pour la culture de demain.

Tous plus ou moins concernés par les mêmes tendances, il nous semble qu’une réflexion européenne s’impose. Il n’est cependant pas possible de regarder partout à la fois, et pour cela, nous proposons de concentrer notre réflexion sur une comparaison franco-allemande, éclairée de quelques regards décalés ou critiques sur les situations décrites.

Questionnements…

Nouvelles pratiques culturelles des publics, moins enclines à se fidéliser et encourageants les approches vagabondes ; logique consommatoire en plein développement faisant mauvais écho aux souhaits d’implication participative ;  lieux émergents pour des désirs artistiques moins confinés à l’enfermement disciplinaire, prompts à se nourrir de transversalités, de porosités et de métissages ;  conditions de production artistique soumises aux pressions économiques alors qu’un idéal de culture gratuite et accessible de partout s’instaure ;  révolution des modes d’accès liés à l’internet et démultiplication des créateurs et producteurs de contenus ; richesse des industries créatives et boulimie frénétique des industries culturelles ; nouveaux modes de gestion et volonté de découvrir de nouvelles formes alternatives en la matière telles que les dons du public, les fondations bien entendu sans idéaliser le recours au mécénat ;  désinstitutionnalisation des lieux intermédiaires ou consécration par la puissance publique ;  désir d’événementiels et d’instantanéité en phase avec des sociétés nomades et tribales tandis que l’action culturelle suppose travail de longue haleine nouant des liens durables avec des personnes sur un territoire…

Autant de phénomènes contradictoires qu’il est possible de compléter et de prolonger et qui au-delà de la mise en œuvre de politiques publiques liées à des choix et des contextes locaux correspondent à des évolutions notables des sociétés européennes. Il nous faut analyser les paradoxes, impulser une culture qui face aux apories est capable de donner des perspectives pour le futur, et ainsi inventer ensemble une alterculture pour demain.

Pour nourrir l’analyse >